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WebMCP : et si votre site web pouvait parler directement à une IA ?

Jean David Olekhnovitch 5 min de lecture

Aujourd’hui, quand une IA veut interagir avec un site web, elle fait comme un humain : elle regarde l’écran (screenshot), essaie de comprendre les boutons, et clique dessus en espérant que ça marche.

C’est lent. C’est fragile. Et c’est un peu absurde.

Chrome, dans sa version 146, introduit mine de rien un truc qui risque de complètement bouleverser la façon dont on « consomme » le web : WebMCP.


𝗟𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗯𝗹è𝗺𝗲 𝗮𝗰𝘁𝘂𝗲𝗹 : 𝗹’𝗜𝗔 𝗻𝗮𝘃𝗶𝗴𝘂𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗮𝘃𝗲𝘂𝗴𝗹𝗲

Prenons un exemple concret. Vous demandez à votre assistant IA : « Ajoute du lait à ma liste de courses sur MonAppliCourses.com ».

Aujourd’hui, l’IA doit : → prendre une capture d’écran de la page → analyser le DOM ou l’image pour trouver le champ de saisie → simuler un clic, puis taper du texte → espérer que rien n’a changé dans l’interface

Résultat : 10 à 20 secondes par action, des erreurs fréquentes, et une consommation de tokens astronomique (~2000 tokens rien que pour un screenshot).


𝗪𝗲𝗯𝗠𝗖𝗣 : 𝗹𝗲 𝘀𝗶𝘁𝗲 𝘄𝗲𝗯 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝘀𝗲𝗿𝘃𝗲𝘂𝗿 𝗠𝗖𝗣

WebMCP inverse le paradigme. Au lieu que l’IA « devine » comment utiliser un site, c’est le site lui-même qui expose ses fonctionnalités sous forme d’outils structurés que l’IA peut appeler directement.

Concrètement, si je suis développeur de MonAppliCourses.com, j’ajoute environ 50 lignes de code pour déclarer :

🔧 outil « ajouter_article » → prend un nom d’article en entrée, l’ajoute à la liste

🔧 outil « lister_articles » → renvoie la liste complète

🔧 outil « supprimer_article » → retire un article par son nom

L’IA n’a plus besoin de regarder l’écran. Elle appelle directement la fonction, en millisecondes, avec une réponse JSON propre de 20 à 100 tokens.

C’est la différence entre demander à quelqu’un de lire un formulaire papier à distance avec des jumelles… et lui donner un accès API.


𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 ça m𝗮𝗿𝗰𝗵𝗲 𝗲𝗻 𝗽𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲

Le flux est élégant dans sa simplicité :

  1. Le développeur enregistre des « tools » sur sa page via l’API navigator.modelContext
  2. L’utilisateur installe l’extension MCP-B dans son navigateur (Chrome, Edge, Firefox)
  3. Quand il visite le site, son assistant IA découvre automatiquement les outils disponibles
  4. L’IA peut les appeler directement, en utilisant l’authentification existante du navigateur (cookies, session)

Pas de clé API à gérer. Pas de flux OAuth complexe à implémenter. L’authentification, c’est votre session navigateur. C’est tout.


𝗣𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝗶𝗺𝗽𝗼𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁

Je vois trois raisons majeures pour lesquelles WebMCP va compter :

𝟭. 𝗟𝗲 𝗱é𝘃𝗲𝗹𝗼𝗽𝗽𝗲𝘂𝗿 𝗿𝗲𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱 𝗹𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿ô𝗹𝗲. Aujourd’hui, les agents IA « scrapent » les sites comme ils veulent. Avec WebMCP, c’est vous qui choisissez quelles actions exposer, comment les nommer, et ce qu’elles font. Vous reprenez la main sur la façon dont l’IA interagit avec votre app.

𝟮. 𝗖’𝗲𝘀𝘁 𝘂𝗻 𝘀𝘁𝗮𝗻𝗱𝗮𝗿𝗱 𝗪𝟯𝗖 𝗲𝗻 𝗶𝗻𝗰𝘂𝗯𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻. Ce n’est pas un projet garage. WebMCP est développé au sein du W3C Web Machine Learning Community Group, avec des contributions de l’équipe Edge de Microsoft. Ça a vocation à devenir natif dans les navigateurs.

𝟯. 𝗟’𝗵𝘂𝗺𝗮𝗶𝗻 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗮 𝗯𝗼𝘂𝗰𝗹𝗲. WebMCP est explicitement conçu pour des workflows « human-in-the-loop ». L’IA augmente votre utilisation du web, elle ne la remplace pas. Pas de navigation headless autonome ici — vous êtes présent, vous voyez ce qui se passe.


𝗨𝗻 𝗲𝘅𝗲𝗺𝗽𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗽𝗮𝗿𝗹𝗲

Imaginez un site e-commerce intégrant WebMCP. Au lieu de demander à votre IA de « cliquer sur le bouton ajouter au panier du troisième résultat » (bonne chance), vous dites simplement :

« Ajoute les chaussures de running Nike taille 42 à mon panier. »

L’IA appelle l’outil add_to_cart exposé par le site, avec les bons paramètres. Instantané. Fiable. Déterministe.

Maintenant, imaginez ça sur votre banque en ligne, votre outil de gestion de projet, votre calendrier, votre CRM…


𝗠𝗼𝗻 𝗮𝘃𝗶𝘀

On parle beaucoup d’agents IA autonomes en ce moment. Mais la réalité, c’est que sans standards ouverts comme WebMCP, ces agents naviguent dans le brouillard.

WebMCP, c’est le chainon manquant entre le web tel qu’on le connaît et le web « agentique » vers lequel on se dirige. C’est ce qui va permettre à vos sites et applications web de devenir des citoyens de première classe dans l’écosystème IA, pas juste des pages à scraper.

Et le plus beau ? C’est open source (MIT), ça fonctionne aujourd’hui, et l’intégration se fait en quelques dizaines de lignes de code.

Si vous êtes développeur web, c’est le moment de vous y intéresser sérieusement.

→ Documentation : docs.mcp-b.ai

→ Repo GitHub : github.com/WebMCP-org


Et vous, vous en êtes où avec les agents IA dans votre workflow quotidien ? Ça m’intéresse de savoir.

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Jean David Olekhnovitch

Écrit par

Jean David Olekhnovitch

Oldschool developer, Auvergnat & European & Québécois d'adoption. At the crossroad between tech, people and culture. Living on a small Island in Québec

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