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Promenons-nous dans l’IA, pendant que le loup y’est pas

Jean David Olekhnovitch 3 min de lecture

La nouvelle pub Intermarché pour Noël, avec le loup qui devient végétarien pour se faire accepter, est un petit bijou de création, avec de l’humour, de la tendresse, des images magnifiques, et un discours dans l’air du temps : bref, un parfait conte de Noël.

Mais ce qui me marque est la couverture média autour de cette pub : le seul sujet qui revient, pour tous, c’est « c’est fait sans IA ». Moi j’aurais aimé creuser un peu le sujet, connaître les coulisses, etc… mais ok, ça fonctionne comme ça, un journal doit avoir un angle lorsqu’il aborde un sujet.

Bon, je passerai sur le fait que c’est probablement faux (ça fait bien longtemps que les outils numérique de création intègrent des algos s’appuyant sur de l’IA pour retoucher les images, les vidéos…) : un exemple classique où l’on confond IA et IA générative.

Car derrière ce « regardez, c’est fait sans IA, et c’est vachement mieux », se cache la peur de se faire grand-remplacer dans tout ce qu’on a de créatif en tant qu’humain sensible.

Bien qu’étant jusqu’au cou dans de l’IA dans ma profession, je ne vais pas râler contre ce réflexe : au contraire, je le trouve très sain, car on a besoin de ça pour apprendre à relativiser, plutôt que de s’appuyer bêtement sur un ChatGPT en perdant tout esprit critique.

Ça me rappelle une mention sur les pochettes des premiers disques du groupe Queen : « No synthesisers ».

Parce que le discours à l’époque était de dire que les synthés allaient tout remplacer. Vous vous rendez compte, avec un simple clavier, on va pouvoir remplacer tout un orchestre symphonique.

Après plusieurs années où les disques ont sonné comme s’ils avaient été conçus avec des jouets Playskool, on a fini par comprendre que la pertinence était dans l’équilibre, que de ressortir les amplis analogiques avait du sens, et que tout ceci pouvait parfaitement cohabiter.

Et Queen s’est mis à utiliser des synthétiseurs (plutôt bien, d’ailleurs !).

Il faut aussi se souvenir qu’il y a quelques années, le dessin animé de la pub Intermarché aurait été vertement critiqué parce qu’il a été conçu avec des ordinateurs, et pas uniquement à la main comme on avait fait Blanche Neige à l’époque.

Bref tout ça pour dire que c’est normal, et que c’est très bien : toute tentative d’introduire des technologies révolutionnaires passe par une phase où l’on croit pouvoir tout faire avec, puis une phase où des rebelles tiennent à tout prix à l’éviter, puis une phase où l’on s’aperçoit que tout ce beau monde peut cohabiter, et plutôt harmonieusement.

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Jean David Olekhnovitch

Écrit par

Jean David Olekhnovitch

Oldschool developer, Auvergnat & European & Québécois d'adoption. At the crossroad between tech, people and culture. Living on a small Island in Québec

Analyse

Promenons-nous dans l’IA, pendant que le loup y’est pas